ACF - Association chrétienne de la francophonie

Rapport sur la crise en Haïti

J'ai eu le privilège de me rendre en Haïti pour la première fois depuis le séisme du 12 janvier dernier qui a fait plus de 220 000 victimes et privé 1,3 millions d'autres haïtiens de leur foyer. J'étais accompagné de MM. Richard Fay, ingénieur en structures, et Robert Hardy, spécialiste en construction. Nous avons été sur place du mardi 30 mars au samedi 3 avril, alors que la température quotidienne oscillait entre 32 et 36 degrés Celsius. Nous avions pour but de visiter nos pasteurs, nos missionnaires, nos églises et nos amis en Haïti afin de les encourager, de discuter des façons dont nous pourrions les aider, d'établir des objectifs quant à leur soutien spirituel, émotionnel et matériel, et de prioriser des projets de reconstruction structurelle. Nous souhaitions aussi nous rendre sur place pour constater les dommages et évaluer les besoins. Nous nous sommes concentrés sur Port-au-Prince et Pétionville. 

Notre première impression fut qu'Haïti était devenu le théâtre d'une étrange cohabitation entre la vie normale et une terrible dévastation. Des sourires polis et la joie de vivre se mélangeant à la tristesse déchirante laissée par les vies perdues et les amputations. Des centaines de milliers de petites tentes grises, bleues ou blanches servent d'abris temporaires et sont éparpillées partout dans la ville, formant des communautés de fortune composées de quelques douzaines ou de plusieurs milliers de personnes. Sans exception, toutes les personnes que nous avons rencontrées ont perdu un être cher ou un ami lors du séisme. Nous avons rencontré un couple dont les six enfants ont perdu la vie lors de la tragédie. Ils ont besoin de prières, d'encouragement, de secours tangible et que des gens s'engagent à les aider et à les soutenir à long terme. Les clichés et les platitudes religieuses ne leur seront d'aucune utilité.  

À notre arrivée, nous avons découvert que le principal terminal aérien a été endommagé au point de le rendre inutilisable. Deux terminaux de fortune temporaires ont été érigés, mais les arrivées et les départs sont devenus longs et quelque peu chaotiques. 

Lors de notre premier soir en Haïti, nous avons rencontré André et Sylvie Drisdelle, un couple missionnaire ACF du Québec qui oeuvrent en Haïti depuis deux ans de façon intermittente, et qui a survécu au séisme, bien que l'appartement qu'il louait à Pétionville a entièrement été détruit. Depuis, ils ont trouvé une maison suffisamment grande pour héberger des équipes de 10 à 15 personnes. Ils ont accepté d'accueillir et de coordonner l'arrivée et les activités des groupes de missionnaires en Haïti, notamment des équipes médicales, de construction, de conseillers, de pasteurs, de professeurs et de personnes apportant un ministère. Grâce à l'aide de World Challenge, des églises ACF et d'autres agences d'aide humanitaire, André et Sylvie ont apporté leur aide à des milliers de personnes pendant la crise, ont développé une bonne relation avec le peuple haïtien et établi des liens significatifs avec les dirigeants haïtiens locaux. L'un de nos objectifs est de leur fournir un véhicule robuste pouvant asseoir au moins 8 passagers, et d'équiper leur nouveau foyer de tout ce qui sera nécessaire pour être en mesure, dès que possible, d'accueillir des équipes.  

Nous avons passé le reste de la semaine avec le pasteur Wilson Charles, un pasteur ACF haïtien avec qui nous collaborons depuis plus de vingt ans. Il est notre principal contact et coordonnateur de ministère en Haïti. Il est pasteur d'une église de Pétionville de plus de 1000 personnes et de plusieurs autres églises, écoles et centres de distribution alimentaire dans différentes régions du pays, presque toutes extrêmement démunies et sous-développées. Son église de Pétionville est pratiquement irrécupérable, à l'exception du sous-sol où nous pourrons peut-être lui construire un sanctuaire temporaire. Le reste du bâtiment est dangereux et devra être démoli. Les bâtiments de la communauté qui entoure son église se sont presque tous effondrés et les corps des victimes sont toujours sous les décombres, incluant ceux de certains des membres de son église. Près de quarante de ses membres sont décédés lors du séisme. Parmi eux se trouvaient un de ses assistants pasteurs et certains de ses principaux leaders. Plusieurs des membres de sa congrégation vivent dans des abris temporaires (une petite tente disposant d'un matelas, d'un drap, d'un oreiller et d'une chaudière) dans l'un des dix sites éparpillés dans la ville et la campagne avoisinante. Nous avons pu en visiter quelques-uns, où nous avons entendu des récits particulièrement touchants et déchirants sur les personnes disparues, la survie, la grâce et l'esprit de communauté.

Les réunions de son église prennent littéralement place dans la rue !
Chaque semaine, pour chacune des réunions, ils installent les chaises, le système de son, la chaire, les instruments de musique et la réunion de l'église a lieu en plein air. Je prêchais à sa congrégation à l'occasion de leur service du Vendredi saint, le 2 avril à 15 h, sous une chaleur écrasante de 36 degrés. Plusieurs centaines de personnes étaient présentes, chantant, louant, priant et glorifiant le Seigneur en dépit des conditions tragiques et difficiles dans lesquelles elles doivent vivre. Alors que je prêchais, des voisins passaient tout près, nous pouvions entendre des enfants jouant non loin et des chiens circulaient librement parmi nous. La situation était plutôt inusité, mais rendait notre témoignage particulièrement efficace. Depuis la tragédie du 12 janvier, dans l'église du pasteur Wilson uniquement, cent nouvelles personnes ont donné leur vie à Christ. L'Église de Jésus-Christ est vivante et pleine de résilience !

Un autre de nos objectifs à court terme est de trouver un endroit temporaire où héberger la congrégation, avant que ne débute la saison des pluies en juin. Quand ils disposeront d'un abri temporaire, nous devrons les aider à acheter un terrain et à reconstruire leur église. Les conseillers municipaux ont décidé qu'ils ne pourront pas reconstruire au même endroit, car la ville a besoin du terrain pour élargir l'autoroute qui passe à proximité de l'église. Nous travaillons avec le maire de Pétionville à obtenir un permis qui permettra de tenir les réunions de l'église sur place pendant la construction de la nouvelle église. Le pasteur Wilson et son église doivent affronter des défis immenses quant à la construction de leur bâtiment et ils ne pourront pas les relever sans notre aide.
Nous espérons pouvoir construire un bâtiment suffisamment grand pour accueillir à la fois l'église et l'école biblique (ITF Haïti), et peut-être même un orphelinat. Des milliers d'enfants haïtiens sont devenus orphelins suite au séisme.

J'ai aussi rencontré nos étudiants ITF en Haïti, vingt-deux au total. L'ITF a perdu un étudiant lors du séisme : Lambi Bazil. L'ITF n'a plus d'endroit où mettre son équipement ou de classe où offrir ses cours, bien que nous ayons pu récupérer la plupart de nos ordinateurs et de notre équipement électronique servant à offrir nos cours sur Internet. Nos étudiants ont très hâte de reprendre leur programme d'études et souhaitent revenir, dès que possible, à un échéancier de formation normal. Ils ont souligné le besoin d'ajouter une formation spéciale en raison de la tragédie et l'arrivée des nouveaux convertis dans l'église. À court terme, nous enverrons un professeur de l'ITF, Daniel Décary, pour enseigner le cours « Relation d'aide biblique pour le syndrome de stress post-traumatique ». Nous offrirons ce cours aux étudiants ITF et aux étudiants des autres écoles, de même qu'aux pasteurs et leaders intéressés. Nous nous attendons à au moins 500 participants.
À moyen terme, nous devons trouver un emplacement disposant d'au moins une classe et d'un endroit pour installer les ordinateurs et offrir nos cours par Internet.

Richard et Robert, nos deux experts en structures, ont inspecté plusieurs églises, maisons et bâtiments pendant notre séjour là-bas afin d'évaluer la sécurité ou le danger rattaché à chacune des structures. Presque tous ceux que nous avons rencontrés ne vivent plus dans leur maison mais dans une tente, et les réunions de leur église se font en plein air, même si leur maison ou les bâtiments sont sécuritaires et que leur structure n'est pas affectée. Richard et Robert ont pu rassurer ceux dont les maisons ou les bâtiments étaient sans danger, mettre les gens en garde quand des bâtiments étaient trop endommagés pour qu'il soit possible de les réparer, et faire des recommandations quant aux moyens de réparer et de renforcer les bâtiments qu'il sera possible de sauver. Ils travaillent aussi à la conception d'un plan pour construire à peu de frais des petites maisons pour les pasteurs et les membres de notre famille d'églises qui ont perdu leur maison.

Nous avons aussi rencontré le pasteur ACF Michelet Cangé pour discuter du statut de son église et de ses cinq écoles et centres de distribution alimentaire.

J'ai également rencontré Chavanne Jeune, un ministre chrétien, doyen universitaire et candidat aux prochaines élections présidentielles en Haïti. Lors du séisme, l'université de Chavanne a perdu soixante de ses étudiants et plusieurs professeurs. Il avait récemment participé à une conférence internationale sur Haïti organisée par le siège social des Nations Unies à New York. Il viendra s'adresser à l'Église Nouvelle Vie le dimanche 16 mai prochain à 16 h 30 lors d'une réunion spéciale de l'ACF: « Ensemble pour Haïti ».

J'ai aussi eu le privilège de rencontrer des leaders de Vision Mondiale en Haïti. Je leur ai présenté le pasteur Wilson Charles et nous avons discuté de la façon dont nous pourrions collaborer avec eux pour la distribution alimentaire. Si nous leur faisons parvenir une partie de notre soutien, ils seront en mesure d'acheminer des stocks alimentaires dont ils disposent sur place en Haïti vers nos communautés dans le besoin. Ils ont accepté de travailler avec le pasteur Wilson pour établir un centre de distribution alimentaire en partenariat avec l'ACF.  

Voici certains des autres besoins urgents d'Haïti que les pasteurs André Drisdelle, Wilson Charles, Chavanne Jeune, Michelet Cangé et d'autres ont énuméré :

  1. De la nourriture, de l'eau, des fournitures et soins médicaux ;
  2. Des maisons ou abris temporaires adéquats pour affronter l'arrivée de la saison des pluies ;
  3. La reconstruction des églises, des maisons et des écoles détruites lors du séisme. 80 % des écoles haïtiennes sont privées et ne peuvent par conséquent recevoir d'aide ou de soutien du gouvernement. La même chose est vraie pour les églises évangéliques et les résidences privées ;
  4. De l'équipement et du matériel pour ré-équiper ces bâtiments ;
  5. Des bibles pour les nombreux nouveaux convertis et les chrétiens qui ont perdu leur bible lors du séisme ;
  6. De la relation d'aide pour les cas de stress post-traumatique ;
  7. Offrir une formation aux étudiants, aux leaders et aux pasteurs qui tienne compte de la tragédie et des défis auxquels ils auront à faire face dans le futur ;
  8. De la prière et des partenariats missionnaires avec les églises et les chrétiens à l'extérieur du pays.

Grace aux dons généreux de chrétiens, d’églises, et d’organismes de partout dans le monde, à date, nous avons fourni des abris temporaires, de la nourriture, de l’eau et de l’aide médicale pour des milliers de personnes, ainsi qu’envoyé quelques équipes de soutien. Mais, ce n’est qu’un début.

Ceux qui désirent soutenir la mission en Haïti peuvent faire un don en ligne en visitant notre site Web à l'adresse www.acf-francophonie.com/urgencehaiti/. Nous travaillerons aussi avec les églises locales à mettre sur pied des équipes de personnes prêtes à offrir leur temps et leurs talents en participant à des voyages à court terme en Haïti.

Nous nous engageons devant Dieu à travailler avec le peuple haïtien pour que leurs besoins soient rencontrés, et pour les aider à atteindre leurs objectifs et à reconstruire. Nous croyons qu'avec notre aide, la vôtre et celle de Dieu, Haïti pourra devenir meilleur, plus fort et plus dynamique que jamais auparavant.

Laissez-moi conclure en soulignant que, malgré les profondes souffrances et les défis énormes auxquels le peuple haïtien fait face, sa résilience et son courage sont étonnamment forts. Leur force et leur persévérance m'inspirent beaucoup de respect.

Mark Lecompte
Association Chrétienne pour la Francophonie


À noter :

Vous pouvez également consulter une entrevue vidéo sur le BLOG de l'Église Nouvelle Vie.
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